Comme un bateau dérive
Sans but et sans mobile
Je marche dans la ville
Tout seul et anonyme
La ville et ses pièges
Ce sont mes privilèges
Je suis riche de ça
Mais ça ne s'achète pas
Et j'm'en fous, j'm'en fous de tout
De ces chaînes qui pendent à nos cous
J'm'enfuis, j'oublie
Je m'offre une parenthèse, un sursis
Je marche seul
Dans les rues qui se donnent
Et la nuit me pardonne, je marche seul
En oubliant les heures,
Je marche seul
Sans témoin, sans personne
Que mes pas qui résonnent, je marche seul
Acteur et voyeur
Se rencontrer, séduire
Quand la nuit fait des siennes
Promettre sans le dire
Juste des yeux qui traînent
Oh, quand la vie s'obstine
En ces heures assassines
Je suis riche de ça
Mais ça ne s'achète pas
Et j'm'en fous, j'm'en fous de tout
De ces chaînes qui pendent à nos cous
J'm'enfuis, j'oublie
Je m'offre une parenthèse, un sursis
Je marche seul
Quand ma vie déraisonne
Quand l'envie m'abandonne
Je marche seul
Pour me noyer d'ailleurs
Je marche seul...
Girls : "Je marche seul", quel a été le déclic qui vous a inspiré cette chanson ?
Jean-Jacques Goldman : Comment dire... vous savez, il y a des jours où beaucoup d'ennuis vous tombent dessus : des factures, je ne sais pas moi, plein de trucs. Et tout d'un coup, vous craquez, vous claquez la porte de chez vous, et vous sortez, vous marchez, vous vous dites "mes ennuis, c'est rien, j'ai deux bras, deux jambes, je peux marcher dans la ville, faire le vide dans ma tête !" Et là, c'est super, on rêve, on ne pense plus à rien. Voilà. On me demande souvent si mes chansons sont vraies, si je les ai vécues. Beaucoup de jeunes sont obsédés par cette idée, se demandent si je peux chanter quelque chose sans l'avoir véritablement ressentie. Ce n'est qu'une fois qu'ils ont la certitude de ma sincérité que je les vois heureux.
(...)
Girls : Le fait d'avoir plus d'argent a-t-il changé beaucoup de choses pour vous ? Par exemple, y a-t-il un rêve, un voyage que vous avez enfin pu réaliser ?
Jean-Jacques Goldman : Non. Mes rêves, mes désirs, sont très simples. Moi, il me suffit d'un livre de poche à 30 balles et je suis content. D'ailleurs dans ma chanson "Je marche seul", j'en parle un peu. J'aimerais faire une chanson plus complète là-dessus. Dans "Je marche seul", je dis notamment "La ville et ses pièges ce sont mes privilèges, je suis riche de ça, mais ça ne s'achète pas". Je veux dire par là que mes rêves à moi, c'est de pouvoir aller au ciné quand ça me chante, pouvoir me balader dans la rue. Voilà mes privilèges !
Jean-Jacques Goldman, antistar qui réussit !
Girls, 13 juin 1985
Merci à Elie pour son petit montage!!!!